La réponse de l’islam au mal et à la souffrance

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Extrait de : La Réalité Divine, Hamza Tzortzis

En raison d’une préoccupation valable et authentique envers les êtres humains et les autres êtres sensibles, nombre d’athées soutiennent que l’existence d’un Dieu puissant et miséricordieux est incompatible avec l’existence du mal et de la souffrance dans le monde. S’il est Tout-Miséricordieux, Il devrait vouloir que le mal et la souffrance cessent, et s’Il est Tout-Puissant, Il devrait être capable de les arrêter. Cependant, puisque le mal et la souffrance existent, cela impliquerait selon eux l’une de ces deux options : qu’Il manque de puissance, ou qu’Il manque de miséricorde – ou les deux.

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Cependant, l’athéisme déforme grossièrement la conception islamique globale de Dieu. Dieu n’est pas seulement le Miséricordieux et le Tout-Puissant, mais il possède aussi de nombreux autres Noms et Attributs. Ceux-ci se comprennent de manière holistique et globale par le biais de l’Unicité de Dieu (cf. Chapitre 15). Par exemple, l’un de Ses noms est Al-Hakîm, qui signifie « le Sage ». Puisque la nature même de Dieu est la sagesse, il en découle que tout ce qu’Il veut est conforme à la sagesse Divine. Lorsqu’une chose est expliquée par une sagesse sous-jacente, cela implique une raison pour qu’elle se produise. Dans cette optique, l’athée réduit Dieu à deux attributs et, ce faisant, se construit un homme de paille, déformant la conception islamique de Dieu et s’engageant ainsi dans un monologue hors de propos.

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Beaucoup d’athées commettent ici le sophisme de l’argumentum ad ignoratium – l’argument par l’ignorance, ou appel à l’ignorance. Qu’ils ne puissent accéder à la sagesse Divine n’implique en rien qu’elle n’existe pas. Ce raisonnement est en réalité typique des tout-petits. Beaucoup d’enfants se font gronder par leurs parents pour des choses qu’ils veulent faire – comme, par exemple, manger trop de sucreries. Les tout-petits pleurent ou piquent une colère parce qu’ils pensent que leurs parents sont méchants, mais l’enfant ne se rend pas encore compte de la sagesse qui sous-tend leur refus (dans ce cas, le fait que trop de sucreries soit mauvais pour les dents). En outre, cette objection méconnaît la définition et la nature de Dieu. Puisque Dieu est transcendant, omniscient et sage, il en découle logiquement que des êtres humains limités ne peuvent pas pleinement comprendre et apprécier la volonté Divine. Le seul fait de suggérer que nous pourrions apprécier la totalité de la sagesse de Dieu impliquerait que nous soyons à Son égal, ce qui nierait le fait de sa transcendance, ou suggèrerait que Dieu est aussi limité qu’un être humain. Cet argument n’a en réalité de poids pour aucun croyant, car aucun musulman ne croit en un Dieu créé et limité. Ce n’est pas une dérobade intellectuelle que de faire référence à la sagesse Divine, car cela ne fait pas référence à quelque mystérieux inconnu. Il s’agit plutôt de comprendre véritablement la nature de Dieu et d’en tirer les conclusions logiques nécessaires. Comme je l’ai déjà souligné, Dieu dispose d’une image dont nous n’avons accès qu’à un seul pixel.

Comme mentionné au Chapitre 1, le problème de l’argument du mal et de la souffrance expose un biais cognitif connu sous le nom d’égocentrisme. Une telle personne ne peut comprendre, sur une question particulière, aucune autre perspective que la sienne. Certains athées souffrent de ce biais cognitif. Ils supposent que puisqu’ils ne parviennent pas à trouver de bonnes raisons pour justifier le mal et la souffrance dans le monde, tous les autres – Dieu compris – doivent également subir le même problème. Ils nient donc Dieu, parce qu’ils supposent que l’on ne peut justifier que Dieu ait permis le mal et la souffrance dans le monde. Si Dieu n’a pas de justification, alors la miséricorde et la puissance de Dieu seraient des illusions. Ainsi, la conception traditionnelle de Dieu serait invalidée. En réalité, les athées n’ont ici fait que superposer leur propre perspective personnelle sur Dieu : c’est comme s’ils affirmaient que Dieu doit penser comme les êtres humains. Ceci est impossible car les êtres humains et Dieu ne peuvent être comparés, car Dieu est transcendant et possède la totalité de la sagesse et de la connaissance.

À ce stade, l’athée pourrait répondre en décrivant ce qui précède comme une manière intelligente d’éluder le problème : si le théiste peut se référer à la sagesse de Dieu comme étant si grande qu’elle ne peut être comprise, alors nous pouvons expliquer tout ce qui est « mystérieux » en l’attribuant à une sagesse Divine. Je comprends quelque peu cette réponse ; cependant, dans le contexte du problème du mal et de la souffrance, c’est un faux argument. C’est l’athée, le premier, qui se réfère à deux seuls attributs de Dieu – Sa puissance et Sa miséricorde – alors qu’il devrait prendre en compte Dieu tel qu’Il est, et non pas comme un agent doté de deux uniques attributs. S’ils devaient inclure d’autres attributs tels que la sagesse, leur argument ne serait pas valable. S’ils incluaient l’attribut de la sagesse, ils devraient alors montrer comment la sagesse Divine est incompatible avec un monde où la souffrance et le mal sont présents. Cela serait impossible à prouver, car il y a nombre d’exemples, dans notre vie intellectuelle et pratique, où nous devons admettre notre infériorité intellectuelle : en d’autres termes, il y a des cas où nous nous soumettons à une sagesse que nous ne pouvons pas comprendre. Nous nous soumettons rationnellement, et régulièrement, à des réalités que nous ne pouvons pas comprendre : par exemple, lorsque nous allons chez le médecin, nous supposons que le médecin est une autorité dans son domaine ; c’est sur cette base que nous faisons confiance à son diagnostic médical. Nous prenons même les médicaments qu’il nous prescrit sans trop y réfléchir. Cet exemple (et bien d’autres similaires) montre clairement que se référer à la sagesse de Dieu ne revient pas à éluder le problème. Il s’agit plutôt de présenter avec précision qui est Dieu, et non de faire croire que Dieu n’aurait que deux uniques attributs. Puisqu’Il est le Sage, et que Ses noms et attributs sont maximalement parfaits, il en découle qu’il se trouve une sagesse derrière tout ce qu’Il fait – même si nous ne connaissons pas ou ne comprenons pas cette sagesse. Nombre d’entre nous ne comprennent pas comment les maladies fonctionnent, mais ne pas comprendre cela n’implique pas que nous devions nier leur existence.

Le Coran propose des histoires et des récits profonds pour inculquer cette compréhension. Prenez, par exemple, l’histoire de Moïse et d’un homme qu’il a rencontré au cours de ses voyages, connu sous le nom d’Al-Khidr. Moïse l’a observé faire des choses qui semblaient injustes et mauvaises, mais à la fin de leur voyage, la sagesse à laquelle Moïse n’avait pas accès a été mise en lumière (cf. Coran, 18/64-82).

Au-delà de l’idée de mettre en contraste notre sagesse limitée avec celle de Dieu, cette histoire fournit également plusieurs leçons spirituelles majeures. La première est que l’humilité est absolument nécessaire pour tenter de comprendre la volonté de Dieu : Moïse s’est approché d’Al-Khidr et a compris qu’il avait une connaissance inspirée de Dieu, que Dieu ne lui avait pas donnée à lui. Moïse a alors humblement demandé à apprendre de lui, mais Al-Khidr a répondu en mettant en doute sa capacité à garder sa patience – ce qui n’a pas empêché Moïse d’insister, dans le but de la recherche de la connaissance. (Le statut spirituel de Moïse est très haut dans la Tradition islamique : c’est un prophète et un messager, ce qui ne l’a pas empêché d’approcher Al-Khidr avec humilité). La seconde leçon est que la patience est également nécessaire pour affronter, émotionnellement et psychologiquement, la souffrance et le mal dans le monde. Al-Khidr savait que Moïse ne serait pas capable de garder sa patience avec lui, car il allait faire des choses que Moïse pensait mauvaises. Moïse a tenté d’être patient, mais il remettait toujours en question les actions d’Al-Khidr et exprimait sa colère face au mal qu’il percevait. Pourtant, à la fin de l’histoire, Al-Khidr a fini par lui expliquer la sagesse Divine derrière ses actions. Ce que nous apprenons de cette histoire, c’est que pour être capable de faire face au mal et à la souffrance dans le monde, et à notre incapacité à le comprendre, nous devons nous montrer humbles et patients.

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En substance, la sagesse de Dieu est illimitée et complète, alors que notre connaissance et notre sagesse ne sont que limitées. Une autre façon d’affirmer cela est de dire que Dieu possède la totalité de la sagesse et de la connaissance, tandis que nous n’en avons que des détails. Nous ne pouvons voir les choses que de notre point de vue fragmentaire. Tomber dans le piège de l’égocentrisme, c’est comme croire que l’on connaît l’ensemble du puzzle après n’en avoir vu qu’une pièce.

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L’opinion selon laquelle tout ce qui se produit est conforme à une sagesse Divine est responsabilisante et positive. En effet, la sagesse de Dieu ne contredit pas d’autres aspects de Sa nature, comme Sa perfection et Sa bonté. Par conséquent, le mal et la souffrance font in fine partie d’un dessein Divin. Parmi de nombreux autres érudits classiques, le savant Ibn Taymiyya résume bien ce point : « Dieu ne crée pas le mal à l’état pur. Au contraire, dans tout ce qu’Il crée, il se trouve une intention sage et guidée par ce qui est bon. Cependant, il peut y avoir un certain mal en certaines choses et pour certaines personnes, mais il s’agit d’un mal partiel et relatif. Quant au mal total ou au mal absolu, le Seigneur en est exonéré. »

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Cette idée suscite des réponses psychologiques positives parmi les croyants, car ils comprennent alors que tout le mal et toutes les souffrances se produisent selon un dessein Divin. Ibn Taymiyya résume également ce point : « Puisque Dieu – exalté soit-Il – est le Créateur de toute chose, Il crée le bien et le mal en fonction de la sagesse de Son dessein, en vertu de quoi toutes Ses actions sont bonnes et parfaites. »

Henri Laoust, dans son «Essai sur les doctrines sociales et politiques de Taki-d-Din Ahmad b. Taimiya », explique également cette position : « Dieu est essentiellement providence. Le mal n’a pas d’existence réelle dans le monde. Tout ce que Dieu a voulu ne peut que se conformer à une justice souveraine et à une bonté infinie, à condition toutefois que la chose soit envisagée du point de vue de la totalité et non de celui de la connaissance fragmentaire et imparfaite que Ses créatures ont de la réalité… » 

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